Comment fonctionne WikiLeaks ?

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Qui contrôle le site ? Comment les documents sont-ils filtrés ? Quelle place pour le fondateur Julian Assange ? Zoom sur les zones d'ombre.

WikiLeaks a réussi à construire sa renommée mondiale en quelques heures. C'était en 2010, lorsque le site a publié des centaines de milliers de documents confidentiels du Pentagone et du département d'État américain, mettant en lumière la diplomatie parallèle, les stratégies inavouables et parfois même les bavures sanglantes des États-Unis, en Afghanistan et en Irak notamment. Trois ans avant Edward Snowden, le fondateur du site Julian Assange était sous les feux des projecteurs. Zoom sur le fonctionnement de WikiLeaks, une plateforme qui a changé le monde, mais qui garde ses zones d'ombre.

Comment les documents sont-ils collectés ?

WikiLeaks utilise diverses méthodes pour recueillir ses documents. À ses débuts, le site était surtout alimenté par les relations de Julian Assange, qui collectait des informations auprès de ses contacts. C'est ainsi qu'il a par exemple mis en péril la réélection de l'ex-président kenyan Mwai Kibaki en 2007, grâce à la publication d'un rapport sur la corruption fourni par une relation, dans ce pays où il a longtemps vécu.

Mais depuis, l'envoi anonyme et chiffré par Internet est devenu la méthode de base pour le recueil de données. Sur wikileaks.org, n'importe quel internaute peut envoyer des documents via une interface sécurisée, qui fournit un anonymat très renforcé (mais, comme toujours sur Internet, pas infaillible). L'envoi postal et la remise en mains propres sont toujours possibles, précise le site.

Comment les documents sont-ils triés ?

La célébrité soudaine du site, après la mise en ligne des "Pentagon Papers" en 2010, a entraîné un afflux de documents. Et il a fallu faire un tri drastique pour identifier les documents prioritaires, les documents peu importants et, bien sûr, les documents falsifiés par l'expéditeur dans le but de nuire à un ennemi ou un concurrent. Une partie de l'équipe de WikiLeaks travaille donc à l'analyse des fichiers reçus, pour les classer selon ces critères. "Notre processus de vérification ne nous empêchera peut-être pas de faire une erreur un jour, mais jusqu'à présent, nous avons toujours réussi à vérifier la véracité des documents que nous avons publiés", précise WikiLeaks sur son site.

Un autre travail de tri a lieu, dans les documents eux-mêmes, pour les épurer des informations qui pourraient nuire inutilement. WikiLeaks avait été très critiquée pour avoir publié les noms des informateurs et des guides afghans de l'armée américaine sur le terrain, mettant en danger leur vie alors que ces données nominatives n'avaient pas de valeur informative. Dans la foulée, le site avait pris des mesures pour éviter que ce type d'incident ne se reproduise.

D'où vient l'argent ?

WikiLeaks a subi de plein fouet la campagne américaine destinée à le faire taire. Alors que le site avait recueilli des centaines de milliers de dollars de dons venant d'internautes dans le monde entier, la Maison-Blanche a ordonné aux acteurs du paiement en ligne comme Visa, MasterCard ou encore PayPal de bloquer les comptes. Sans aucune décision judiciaire, sans aucune base légale, ils se sont exécutés et ont failli réussir à étouffer WikiLeaks.

Avec une carte bancaire ou un compte PayPal, "vous avez le droit de faire des dons aux sites négationnistes, racistes et homophobes, d'acheter des armes, de souscrire aux sites pédophiles, mais vous ne pouvez pas donner à WikiLeaks", s'émeut le site, à juste titre. Depuis, WikiLeaks a trouvé un moyen de contournement, et recueille ses (nombreux) dons via la Wau Holland Foundation, une ONG allemande très active dans le domaine des libertés numériques.

Quelle place pour Julian Assange ?

Julian Assange est le visage de WikiLeaks, c'est lui qui avait annoncé en 2010 devant les caméras la publication des documents américains. Réfugié depuis 2012 dans l'ambassade d'Équateur à Londres, il est sous le coup d'un mandat d'arrêt européen après des déboires judiciaires en Suède pour une affaire de moeurs (non-port du préservatif et refus de dépistage, apparentés au viol en Suède). Il est par ailleurs pourchassé par les États-Unis, qui le considèrent comme l'un de ses principaux ennemis publics.

L'homme de 44 ans, aux célèbres cheveux blancs, a une personnalité autoritaire. Il contrôle WikiLeaks d'une main de fer, et s'est mis à dos une bonne partie de son équipe d'origine. Comme Daniel Domscheit-Berg par exemple, un temps porte-parole de WikiLeaks, qui avait claqué la porte et crée son propre site en 2010, non sans avoir publié un livre-choc sur le fonctionnement scandaleux, selon lui, de WikiLeaks.

Les mises en scène médiatique et l'amour-propre débordant de Julian Assange ont largement terni l'image de WikiLeaks. On est loin, très loin du discret ex-analyste de la CIA Edward Snowden, que l'on découvre si humble dans l'excellent Citizenfour (Oscar 2015 du meilleur documentaire). Mieux vaut donc se souvenir du site WikiLeaks, qui a changé le monde en créant le modèle du lanceur d'alertes moderne, que de son sulfureux fondateur.

Qui travaille chez WikiLeaks ?

Car WikiLeaks n'est pas que Julian Assange. L'équipe est formée de "journalistes, de développeurs de logiciels, d'ingénieurs réseau, de mathématiciens, et d'autres", précise le site. De quoi analyser les informations et créer des outils de chiffrement très puissants. Mais impossible de savoir qui est vraiment dans l'équipe : "Compte tenu des menaces de mort qui pèsent sur notre organisation, nous ne pouvons pas dévoiler de détails sur la composition de notre équipe."

Toutefois, la plateforme donne quelques indications : "Notre équipe principale vient de quatre continents différents. Des jeunes, des vieux, avec des cultures différentes, qui parlent couramment dix langues différentes. Tous ont étudié ou vécu à l'étranger pendant des durées significatives. Tous ont des diplômes universitaires et la plupart un master ou un doctorat d'universités réputées." Pour un site qui veut casser les codes traditionnels et promouvoir les libertés au XXIe siècle, les autodidactes ne semblent pas les bienvenus…

Source : Le Point