Les raisons de la colère planétaire

Sur le fond, la fin de la globalisation, ne constituerait-elle pas la revendication ultime et commune de sociétés malmenées par les excès de l’économie planétaire, génératrice d’inégalités, de réchauffement, de pollution, de pauvreté? La thèse est séduisante, mais elle ne tient pas.

Admettons qu’il soit réalisable d’un jour à l’autre, l’abandon de la globalisation aussi nocive fut-elle n’apaiserait pas les forces à l’oeuvre. Les mouvements actuels ne sont portés ni par un idéal, ni une idéologie ou une aspiration sociétale. L’historienne française Mathilde Larrère, spécialiste de ces phénomènes, met donc en garde ceux qui
voudraient trouver un point commun avec les révoltes du 19è siècle ou celle de 68.

Pourtant, il y a une convergence sur le fond. Les mouvements contestataires – selon les pays on peut parler d’insurrection, voire de révolution – dénotent d’une frustration aussi
large que profonde des peuples face à leurs gouvernants, qu’il s’agisse des Mollahs en Iran, de Macron en France, de Sanchez en Espagne ou de Carrie Liam (et Xi Jinping) à Hong Kong.  Les experts s’accordent: on constate une rupture avec des gouvernements soit liberticides, corrompus, déconnectés du peuple, autistes,  trafiquants, menteurs, parfois tout à la fois. Les citoyens,  jeunes en particulier, ne se reconnaissent plus dans un système qui se nourrit au détriment de ceux qu’il est censé servir.

Une évidence quand il s’agit de dictatures et  "démocratures" où les victimes de la répression se comptent par centaines ces derniers mois. Mais aujourd’hui, même les démocraties se trouvent déstabilisées par le découplage entre citoyens et élites dirigeantes. Ces dernières répondent mal, et seulement sous la contrainte, aux principaux défis de leur pays. Même en Suisse, havre statistique dans une monde déréglé, le découplage est palpable.

La démocratie directe ne suffit plus à compenser le manque de représentativité du système.
La mobilisation en cours est de bon augure pour la démocratie. A terme du moins.  Car dans l’immédiat, "winter is coming", comme le veut la formule. Et l’hiver promet d’être
long, glacé, et ravageur pour bien des révoltés du monde.

Source. https://www.tdg.ch/reflexions/raison-co … y/24246077