Restructuration de Mozilla : quel avenir pour les différents projets ?

Restructuration de Mozilla : quel avenir pour les différents projets ?

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Mozilla va licencier 250 salariés et revoir ses priorités. Une annonce faite il y a deux semaines qui devrait ébranler plusieurs de ses projets. Certains vont réduire la voilure, d‘autres s’arrêter. Parfois, l’incertitude est encore de mise. après la « gueule de bois », voici un premier bilan de la situation.

Coup de tonnerre chez Mozilla Corporation (filiale de la Fondation éponyme) : Il y a deux semaines, le licenciement de 250 personnes était annoncé. Soit un quart de ses effectifs. Mitchell Baker détaillait alors les grandes lignes de cette importante réorganisation et les nouveaux objectifs sur lesquels nous étions déjà revenus.

Mais aucun détail n'était donné sur les postes et/ou les projets sur la sellette, si ce n’est que les bureaux à Taïwan seraient fermés. Depuis, plusieurs responsables et développeurs se sont exprimés publiquement surleur avenir, permettant ainsi d’y voir un peu plus clair.

Car Mozilla, dont le mot d’ordre est pour rappel de « garder Internet ouvert et accessible à tous », ne se limite pas au navigateur Firefox, même s’il s’agit probablement de son produit le plus connu du grand public. C'est aussi toute une galaxie de projets, de soutien et de participation au monde du logiciel libre et de l'internet ouvert.

MDN : la « documentation du Web » concernée

Une des contributions majeures de Mozilla est la documentation proposée à travers son Developer Network (MDN) : « des ressources pour les développeurs, par les développeurs ». Elle fait office de référence pour de nombreuses technologies du Web (HTML, CSS, JavaScript, WebGL, WebRTC, etc.), propose des outils, des
tutoriels, etc.

Dans un billet de blog, Rina Jensen (directrice Open Innovation chez Mozilla), se veut rassurante : « MDN ne disparaîtra pas. L'équipe d'ingénierie de base continuera à gérer le site MDN et Mozilla continuera à développer la plate-forme […] Nous croyons en la valeur de MDN Web Docs en tant que principale ressource de développement du Web ». Elle ajoute que son équipe travaille à « faire avancer MDN sur le long terme ».

Il y aura par contre un avant et un après l’annonce de la restructuration. L’investissement de Mozilla dans certains projets étant suspendu. C’est notamment le cas du « parrainage DevRel, du blog Hacks et de Tech Speakers ». Sur d’autres, la voilure sera réduite (sans plus de précision sur l’envergure) comme les « programmes de développement Mozilla, événements et plaidoyer pour les développeurs, rédactions techniques MDN ».

D'une certaine manière, c'est la position d'évangéliste des technologies du Web de la fondation qui semble prendre un coup. Laissant d'autant plus de place à des géants tels que Google ou Microsoft, fédérés autour de Chromium.

L’avenir de la reconnaissance vocale dans le flou

Sur les forums Mozilla, l'ingénieur Reuben Morais s’est exprimé sur l’avenir de Mozilla Voice STT (Speech To Text). Il semble être dans le flou suite à l’annonce de Baker : « Malheureusement, nous n’avons pour le moment pas de réponse concrète à donner. Nous travaillons afin de savoir si le projet aura une nouvelle place dans le Mozilla restructuré, et quels changements seraient nécessaires pour réussir cette transition ».

Le plan de licenciement a été annoncé alors que Voice STT allait se lancer dans le grand bain : « nous nous préparions pour notre première version stable 1.0, parallèlement à l'annonce de nos plans pour l'avenir des projets vocaux chez Mozilla ». Ils devront certainement devoir être revus.

Mais la publication de Voice STT 1.0 reste au programme pour le moment : « La plupart des modifications techniques ont déjà été apportées et nous ne voyons aucune raison de ne pas la mettre en ligne ». Morais en profite pour prêcher pour sa paroisse et défendre son équipe : « Aucune autre solution open source ne se rapproche de la précision, de la maturité et de la facilité d’utilisation de nos outils ».

La cybersécurité de Mozilla réorganisée, quid de Firefox ?

Pour d’autres par contre, le couperet est tombé. Michal Purzynski (gestion des cybermenaces) indique ainsi être « disponible » pour un nouvel emploi « après que Mozilla a mis à pied toute l’équipe de détection et d’intervention en cas d’incident ». Cette annonce a fait le tour des réseaux sociaux, certains se demandant ce qu’il en serait de la cybersécurité chez Mozilla et plus particulièrement au sein de Firefox.

La Dr Alice Fleischmann, porte-parole de Mozilla, s’est rapidement exprimée sur le sujet : « Mozilla a restructuré ses services de sécurité dans l’ensemble de son
organisation afin de mieux assurer la sécurité de Mozilla et de ses utilisateurs. Certains postes ont été supprimées suite à ce changement, mais les équipes responsables de la sécurité du navigateur Firefox et des services Firefox n’ont pas été touchées
».

Pour autant, le navigateur n’est pas totalement épargné par cette lame de fond. Le compte Twitter Firefox DevTools annonce ainsi le licenciement de Harald Kirschner (responsable produit), David Walsh et Logan Smyth (deux développeurs). Imanol Fernandez indique de son côté que l’équipe WebXR de Mozilla n’existe plus.

Pour rappel, l'équipe en charge de Rust sera prochainement dotée de sa propre fondation. Concernant le client email Thunderbird, déjà opéré de manière semi-indépendante, il ne semble pas impacté par les décisions récentes.

Sur le hashtag #MozillaLifeboat, nombreux sont ceux à s'exprimer, agissant jusqu'à lors dans nombreux domaines d’activité. Sur son site, Mozilla propose « une liste de talentueuses personnes ayant travaillé » pour elle, avec des indications sur leur localisation, volonté de bouger ou de travailler à distance, profil LinkedIn, etc.

Le besoin « d'encourager à utiliser Firefox »

Guillaume Demesy, patron de Splitfire et développeur bénévole depuis six ans pour Mozilla, est récemment revenu sur l’annonce des licenciements. Il commence par un rapide résumé de la situation : « L’équipe devtools est réduite, de même pour l’équipe de rédacteur•rice•s pour MDN, plus d’équipe WebXR, servo etc. La liste n’est pas exhaustive mais c’est ce qui m’a le plus marqué ». Mais pour lui, « rien n’annonce la mort de Firefox. Il reste encore de nombreux•ses employé•e•s, des ingénieur•e•s très talentueux•ses chez Mozilla ».

Cette réduction des effectifs n'est néanmoins pas une bonne nouvelle, alors que Microsoft a décidé de migrer vers Chromium pour son nouvel Edge. Outre le besoin de continuellement renforcer les performances du navigateur, l'adaptation aux nouveaux standards ou même à ceux existant mais pas toujours supportés par Firefox risque d'être de plus en plus complexe. Surtout dans un web qui se rapproche de l'applicatif.

Demesy en profite pour revenir sur la question du soutien à Mozilla :

« Pour beaucoup les dons semblent être la solution. Sauf que même si c’est important (il faut continuer à donner), c’est la fondation Mozilla qui reçoit les dons et non pas Mozilla Corporation. La plupart des employé•e•s sont sous contrat de la Mozilla Corporation. Mais alors que faire ? Je discutais l’autre jour avec un ami de chez Mozilla. Sa réponse fut sans appel : encourager à utiliser Firefox »

La raison est simple : « le nerf de la guerre pour l’instant est toujours les parts de marchés. Les principaux revenus de Mozilla viennent des contrats passés avec les moteurs de recherche comme Google. Firefox met par défaut Google comme moteur de recherche. Google paye pour cela. La part de marché étant bien entendu importante dans ces contrats ». Mais malgré ses efforts récents et le retour d'un plus grand focus sur la vie privée où Firefox tire son épingle du jeu, il reste minoritaire : moins de 8 % sur ordinateur, moins de 1 % sur mobile.

Navigateurs et vie privée : l'heure du bilan a sonné

Source : Next Inpact